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Saison de verre 8


La ville tourne
Marche
Ronde de nuit
Des bars des taxis
Et du brouillard orange
De la lumière étrange
Des phares
Des braseros
Du froid de l’eau
Au bord du marécage
Danse de la poussière
Où tout se mélange
Les cris le tapage
Des grenouilles
Et la triste rumeur des hommes


Brouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie

Saison de verre 7


Le ciel est jaune derrière la scierie
Comme un pan de mur sale dans une rue déserte
La lune de son côté tire à elle tout le sang
Prépare une nuit mauvaise aux pauvres gens
Un sommeil rouillé
Des rêves en fer-blanc
— En bas sous les néons rose ou vert
On passe au nouvel an
Quand au-dessus des arbres
Une étoile se pose
Et s’attarde un instant


Il regarde un rectangle de lune grise
Dans la chambre obscure
Son reflet sur la serrure
Il écoute les gens qui vont en bruissant
Avec leur bon ou mauvais sang
Du lit à la porte bleue
Et ce qui le sépare d’eux
Le marmonnement de la sente
Le mouvement doux des plantes
Et le vol des oiseaux de nuit
Le silence de toutes ces choses
Sous leurs pas


Brouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie
 

Saison de verre 6


Il ne dort pas
Il pense à la ville blanche
À ses terrasses ses tristes toits
Où son regard se vidait de l’ennui
D’être ailleurs qu’auprès des grands arbres
À la morose médina
À la mer qu’il ne voyait pas
Aux rues endimanchées
Il pense qu’il aurait pu vivre aussi là-bas
La même saison de cendre
Mais le sommeil ne vient pas


Sans fin à flanc de ville
Brûle une géhenne d’écorces et de lambeaux
Les hommes la nuit dépècent le bois
Au loin de grands bateaux qu’on ne verra jamais
Portent en des pays froids
Les membres morts de la forêt


Brouillons retrouvés
supplément au Journal de brousse endormie

Saison de verre 5


Les voix sont plus fortes et plus claires sur les toits
Quand on rentre de la rivière
Et que descend le froid
Qu’il reste les derniers gestes à faire
Pour éteindre le jour
Poser la lampe à terre
Tirer le pagne du sommeil
Rêver qu’une luciole passe


La nuit enferme la forêt
Le village et l’église blanche
Mais les ombres où elles vont
Avec leurs yeux de glace
Savent comment percer cette immobilité
Pour faire leur face-à-face
Dans les arbres lunaires


Brouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie

Saison de verre 4


L’on marche avec un éclat de verre sur le front
Entre le ciel et soi
Qui tient le plain jour à distance
Et toutes choses dans le demi-sommeil des hommes
Comme si la ville était rêvée
Par des inconnus lointains
Au-delà des toits envoilés
Couverts de cendre et de poussière

L’on marche entre les fosses en flamme
Sur des feuilles de teck qui claquent en chutant
Et forment sous nos pas une mer immobile
Mais sonore une mer sans rivage sans vagues
Sans voiliers dans les vents en alarme
Où se baignent nos pieds de terre et de racine
Là sur l’aire sacrée près de l’église calme
Qui attend son dimanche l’encens vert et les cris


Brouillons retrouvés,
supplément au Journal de la brousse endormie