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Ma vie au village - 79

Un conduit de termite c'est en quoi nous vivons peut-être, déchiffrant dans l'obscur des bouts de phrases déchirées à quoi se résument les jours, des mots qui voudraient dormir. Le village s'enterre. Le soir, Z. va au boutique pour me chercher le pain. Lecture fragmentaire d'un journal d'emballage où l'on parle funérailles de la regrettée Rose, naissances vivantes et certains taux du cacao, mots qu'on dégrène d'un bruit sec, claquant. On s'encouche parfois avec la famine. 

Dessous, les grouillements fabriquent une horrible musique, celle des fourmis brunes dévore les cris humains, voix des pauvres rongée par des mâchoires de fer. Il y a des chambres affreuses où les démons sévissent, qui ont en gueule des crocs sanglants, d’infâmes petites dents, politiques et littéraires. 




C'est encore la nuit, et puis le double maléfique d'elle, on ne sait plus où se tenir comment, sinon à guetter des lucioles, passages d'enfantines brillances, à garder dans le cœur le chant des doux hiboux pour soustraire leur beauté au rictus des sorcières. 

On élucubrera des poèmes.

Èlépi ! 6


notes à propos d'un paysage - 1



 texte sur le chemin

notes à propos d'un paysage (14)

Un paysage c'est ton-mon corps, ou celui d'autrui, ce sont tes lèvres de masque vivant, la négresse salive de ta bouche passant sous le pont que j'avale, et toute lecture épidermique faite du moindre creux, des plis, rivières, zone-savane, forêt-seconde et celle plus profonde en qui je n'entre pas, les grains de poivre à leur maturité, la source enfouie d'un ru, les senteurs de café sous le tissu du bois. c'est ça. Aussi là où je me promène en explorant tes vides.

notes à propos d'un paysage (13)

[Au bord de la route 10 j'ai vu à contre-jour une colonie de barbus chauves, il se peut que, mais ce sont eux qui s'agrippent en tous sens au tronc mort dans mon Serle & Morel et leur chrîp chrîp de voix.

Plus tard, la tête blanche d'un cossyphe petit, de quoi tenir durant des jours.]

Tout était vert sans cesse, j'imagine l’écœurement soudain de l'un, n'en plus pouvoir de n'avoir comme ciel que la peau de l'autre en avant de soi, une carte en détails de la surface humaine, qui cloque, qui pustule, et s'excavore aussi, noiraude à l'infini, ou sa vigueur, son salut, ce qui porte vers elle, au sein de la couleur du monstre s'arrêtant dans un cri à l'adresse des arbres : voulons voir ce que vous voyez, entendre ce que vous dites, quoi là-bas derrière la mer de vous ? eux qui se moquent que nous ignorions une onde même de leur pensée, et ce réprouvé d'entendre les radieux, les parlants à qui leur demande.

Tout est moins vert — désert avance — et la poussière, les autos,
que rarement désormais marchons en file indienne
et qu'on ne sait plus lire les dos
ni le silence

: chacun dans sa peau

Ma vie au village – humeur pascale

Certains clercs, le ventre en avant, colonisent à coup de drôleries l'intelligence des fidèles. Du troupeau, il ne faudrait pas que les bêtes pensent. Ah ! la belle résurrection qu'on nous promet : tout se réveillera de chez les morts, sauf le cerveau.