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notes à propos d'un paysage (14)

La forêt est toute petite toute petite soudain, et si fragile, qui rétrécit comme s'évapore l'eau racornit le plastique au monstrueux soleil, en moi le rêve d'elle va, champ de buissons qu'une main caresse sous un désert lisse et deux mausolées aux coupoles violine qui se répondent quand le vent passe avec l'odeur du café et des vieux incendies. Au-dedans toute petite mais au-dedans de quoi ? d'un territoire ? non, pas plus d'une langue qui sert à dire, mais non, je n'ai que mon regard, elle serait dans l’œil, ou plutôt, la liberté de moi qu'il a de voir, refus aussi que d'elle on m'impose une image et voici son vocabulaire et voici sa musique, une sonnerie aux morts. Être en elle c'est être hors de soi, le soi-disant qui sait, c'est le nous de soi d'elle, ce que je suis quand je la vois, mon visage.

Peur qu'un jour elle ne soit plus là. Ni toi, la brousse de tes cheveux, ton corps.

Ma vie au village - 72

Je me réveille depuis à une heure bilieuse, au moment de l'hystérie des chiens ; à l'Ambassade pourtant loin encore de la musique, ça dure, ensuite les muezzins, un long gémissement ; tout autour me brûle. Sûrement quelque sorcier, quelque femme-panthère, l'âme errante d'un vieux guerrier ou les démons lunaires. Toujours la gratte, y laisser la peau, la morve à extraire entre deux mots que je cherche au plafond, dans les plis du rideau et sur les étagères. Remplir des lotus, ça prend la forme de fleurs âgées, princesses des poubelles.

Je rendors la bête qui ne sait quoi penser.

Ma vie au village - 71

Extraction de saison, qui nous sépare du monde, un rideau de poussière jusqu'en la gorge des oiseaux, tournent les machines de la terre, leurs ailes qu'on ne voit pas, grandes comme plusieurs ciels. Une épidémie de corbeaux assoiffés, ça gutture de la trachée sans cesse, fait un bruit de train au départ sur les toits. Toujours l'ennui, mais qui finira bien, le déjà-dit de la cendre, le typhus et son refrain, peut-être des méningites. Encore le même chien.

Des fourmis blanches me bouffent le cadre, je m'écaille de la guérite, et pourtant le cœur tient.

Il y a, qui n'existe pas, une Pygmésie intérieure où je vais, un certain microcosme autour en moi étant vulgaire, je descends, invisible, ce qui est facile à faire car le grand nombre n'entend rien. Les initiaux de la forêt, qu'on redoute pour ce pouvoir, disparaissent aussi par l'oreille. 

glossaire incertain – 6bis7

Toujours les trois dans leur renfoncement, la part obscure, celle de la terre et celle de moi, en trompe-l’œil ; personne ne voit, sinon le passant de la nuit peut-être, qui entre en soi trouver l'insommeil, avec une forme inconnue de joie, et s'il y a des lucioles tombant mortes sur le chemin c'est que l'amour a peur de tout parfois, alors se presse, au sein d'écueils, à distance de qui opprime. Se desserre-t-elle leur étreinte, à quelque heure qu'on ne connait pas, où chacun marche en son endroit, au lieu secret du cœur de l'un, vers des paysages qui brillent ou du sable orangé. Ne sont au fond que deux, l'autre étant la tendresse, jeu de la paume de la main. Les arbres nous comprennent.

trois arbres entrelacés

Résidence Ndzomga à télécharger

Du 30 novembre au 21 décembre 2016, chemin tournant a accueilli Franck Stéphane Ndzomga, jeune auteur Camerounais. 

J'écris toujours vite, dit-il, presque jamais à tête reposée.

Douze textes, comme des "instantanés photopoétiques" que vous pouvez télécharger (au format PDF) : Résidence Ndzomga