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Poème d'amour et de Pygmésie intérieure (2)


plage - littoral Cameroun















nous avons fui les chutes
où se noient des touristes
pour une piste verte
malgré la saison
tu trouvais ça joli
passé le port marchand
et les alignements
d'un village idéal

la mer par moment
peut-être étions loin d'elle
la voici là pourtant
après le vieux pressoir
toujours aller devant
puis s'arrêter enfin et
qu'importe où nous sommes

plus clair que ta peau
le sable ventre d'oiseau
sous les arbres qui penchent
aucun bruit de ciel
ni d'eau à l'écart
dans le secret

l'horizon nous sépare
une chose inhumaine
un rien moins que l'écume
ou la forêt derrière
comme un tombeau

allons nous asseoir
sur la branche
près des éléphants
qui sommeillent

eux se souviendront
de nous du rêve
d'être ainsi

couchés dans le silence
à l'ombre

d'un chapeau



texte initialement publié sur Les Cosaques des Frontières

Poème d'amour et de Pygmésie intérieure


rochers et filets









revisser la formule
des pièces emportées
par les cargos de nuit
qu'aux dos d'elles l'on note
des provenances imaginaires
villes penchées sur l'eau
ou
pays des caresses
et de la fantaisie

en quittant les rochers
ceints de cordages bleus
de grises effiloches
passant le bois flotté
remonter le chemin
devant notre maison
celle qu'avons rêvée
quand il fallait partir

ne sommes pas allé
jusqu'à Rio Campo
mais ce n'était pas loin



initialement publié sur Les Cosaques des Frontières
lu par Éric Schulthess  CarnetdeMarseille 
 

Saison de verre 9


Hier il a campé une troupe de hérons
Sur les premières branches.
Semblable à de la neige.
Non loin d’ici, devant,
Comme les sapins des pays blancs
Les chestnut dioon étaient couverts
De filandre soyeuse, d’un tissage savant
D’étoffe et de rosée

Il y avait cette présence, ce quelqu’un,
Mais où ?
Dans les toiles d’araignes
Qui semblaient des voiliers sur la mer des arbres
Dans les senteurs de cire et de frangipanier ?
Cette odeur du matin
De gens debout devant les portes


Brouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie
 

Saison de verre 8


La ville tourne
Marche
Ronde de nuit
Des bars des taxis
Et du brouillard orange
De la lumière étrange
Des phares
Des braseros
Du froid de l’eau
Au bord du marécage
Danse de la poussière
Où tout se mélange
Les cris le tapage
Des grenouilles
Et la triste rumeur des hommes


Brouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie

Saison de verre 7


Le ciel est jaune derrière la scierie
Comme un pan de mur sale dans une rue déserte
La lune de son côté tire à elle tout le sang
Prépare une nuit mauvaise aux pauvres gens
Un sommeil rouillé
Des rêves en fer-blanc
— En bas sous les néons rose ou vert
On passe au nouvel an
Quand au-dessus des arbres
Une étoile se pose
Et s’attarde un instant


Il regarde un rectangle de lune grise
Dans la chambre obscure
Son reflet sur la serrure
Il écoute les gens qui vont en bruissant
Avec leur bon ou mauvais sang
Du lit à la porte bleue
Et ce qui le sépare d’eux
Le marmonnement de la sente
Le mouvement doux des plantes
Et le vol des oiseaux de nuit
Le silence de toutes ces choses
Sous leurs pas


Brouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie