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Jolo #7 - où s'engouffrent les rêves

Jolo ! Le Jeu se pose sur ton épaule
comme un petit singe gris
dans l’espace entre les garçons accroupis
qui fonde le cercle où s’engouffrent les rêves.
Au milieu, le Jeu de la vie qui touche l’un et l’autre
tour à tour, l’un et l’autre aux yeux noirs,
aux pupilles de perroquets, l’un et l’autre
emportés par le rire.

Ceux qui sont entrés dans la connaissance
plissent le pourtour de leurs bouches d’aînés :
si vite ils ont vieilli, trop vite, amère enfance
qui n’a pas su goûter l’aube comme un miel d’argent.
Mais le Jeu demeure pareil à la pluie dans le sein
d’un nuage fantasque, au gré du vent de l’esprit.

Jolo, enfant de l’arbre, ignorant des grandes choses du monde,
il n’est encore pour toi que le secret d’une boîte en fer
où règne une plume de couroucou
sur un beau lit de perles bleues.
Il n’est encore pour toi qu’une roue sur la piste
entre deux lignes de roseaux tissées de nids,
une course joyeuse ensemencée de cris
que les songes nocturnes changent en pure rosée.

Un soir où l’air est comme empli
d’une poudre de corne séchée
le Jeu se pose sur ton épaule…




Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.

Dagodio 1998 - Batouri 1999

Jolo #6 - dans la rivière de leurs bouches

La parole. Qui donne au temps sa mesure.
Avant la danse et le riz. Après la danse et le riz.
La parole plus grande de mystère que les transes,
plus féconde que le germe sous la voûte des pluies.
Qui est l’aube de l’instant proféré par l’esprit.
Et fait la terre moins dure.
Et la peine moins dense.

La parole, Jolo, dans la rivière de leurs bouches !
Sur le seuil des lèvres l’ivoire des noms sacrés.
Et la langue qui sculpte, agile, le corps des mots.
La parole, Jolo, dans le lit de sable du cœur,
un souffle du désert puis la chute des eaux,
le sillage si clair d’une lente pirogue.

Enfance de ta parole fraîche comme un envol de pigeons verts
et fébrile comme une fuite de perdrix.
Sa source, l’âme fière des ancêtres dans le miroir des songes.
Sa source qui est un autre, un danseur de lune vierge,
un chasseur lancé sur les pistes de ta mémoire,
sur les vieilles traces de ton enfance : une petite antilope
  dans l’herbe du matin.




Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.

Dagodio 1998 - Batouri 1999

Jolo #5 - vivre en avant de la mort

Dans son enclos la dinde tremble
tel l’homme frissonnant de sueur sur la place
quand les regards se fixent aux chevilles tendues,
les oreilles aux battements sourds des peaux,
que le rythme ceint les reins de l’étreinte du son
des tambours et du fracas des mains
et que l’huile exsudée des nuques coule à terre,
l’homme mimant le feu dont les ventres s’emparent,
ses bras comme la roue de l’oiseau dans le soleil vif.

Nous attendions. C’est vivre en avant de la mort.
Un corps attendait sous son tertre d’humus
que son nom fut inscrit au zénith de ses os.
Tu traversas l’attente comme un poulain dans une palmeraie,
dressant son front vers la lumière entre les coques ivres de lait.
La mère étant à la machine, à piquer dans la toile le fil de ses mots,
inquiète comme la poule quand plane l’épervier.



Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.

Dagodio 1998 - Batouri 1999

Jolo #4 - absent comme est l'absent

Fils ! La terre t’appelle. Toute chose régie
Par les ombres t’appelle, toutes choses qu’instrumentent les voix sépulcrales.
La cloche aussi t’appelle. La cloche de la cathédrale
qui sommeille pourtant dans l’immobilité de l’après-midi.
Qui sommeille comme les lézards aux gorges levées.
Il nous faudra boire l’eau qui rince la langue et les dents
et les paroles du cœur quand se forme le cercle sur le grain du monde.
Revenir à la source du fait car tout est plein de son origine
Regarder devant soi et sembler un moment absent comme est l’absent
afin de lui laisser l’espace du silence.
Le père soufflera entre ses lèvres amères une plainte
derrière le bois des mots.
Et nous repartirons, muets, dans la poussière.



Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.

Dagodio 1998 - Batouri 1999

Jolo #3 - le masque de l'oiseau

Jolo. Enfant de l’arbre ! La dinde dans son enclos
froisse ses plumes d’épileptique et son pas de danseur
s’arrête près des rivages de la mer. Quel est le monde
au-delà des nasses de l’homme lagunaire ?
Quelle est la terre et ses gouffres ?
Le masque de l’oiseau répond en de rouges emphases.
Ses glouglous scandent le vol des insectes,
la note basse des mouches sur le flanc des maisons.

Nous attendions sous l’auvent de livrer à sa tombe
la dalle d’un mort gisant à deux doigts de la piste.
Jolo ! Ton sourire traversa la cour monté sur des jambes de poulain
et plongea dans le ventre de la case obscure.
La mère étant sur le côté, à la machine,
cousant ses litanies au revers du tissu,
aux lisières de tes chemises couleur d’alluvions,
glissant son verbe entre les fibres pour que ta peau devienne sûre,
celle d’un homme digne et beau sous le manguier.



Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.

Dagodio 1998 - Batouri 1999